En
plus de la rédaction de la Charte en tant que telle, les coordinations
internationale et continentales se sont données pour tache de promouvoir le
processus au niveau mondiale. Des nombreuses présentations ont été faites en
Amérique Latine, comme par exemple au Parlement Chilien, en Europe, comme par
exemple en Italie en octobre 2010 et en Afrique.
La coordination internationale et la promotion du processus[1]
Plusieurs
résistances ont été relevées, notamment au niveau de certains grands réseaux
trop habitués à parler au nom des migrants. Cette confiscation de la parole
politique des migrants est sans doute facilitée par les difficultés
quotidiennes auxquelles doit faire face la personne migrante et qui se voit
obligé devant les difficultés socio-économiques de donner la priorités aux
besoins immédiats de subsistance sur le compte d’une action stratégique et de
fonds susceptible à terme d’agir sur les causes profondes de la mise à l’écart
et de l’exploitation dont souffre la quasi majorité des migrants.
Le projet de
la charte mondiale des migrants s’est fixé comme objectif de travailler sur ces
questions stratégiques fondamentales qui nécessitent un travail de langue
haleine et des efforts soutenues pour mettre sur l’agenda politique des Etats
et des institutions connexes la question fondamentale des droits fondamentaux
des migrants et plus particulièrement le droit à la liberté de circulation et
d’installation.
L’expérience
du Chili démontre l’importance de l’ouverture d’espaces pour que les migrants
puissent se rencontrer et échanger, ces espaces sont importants pour que
l’embryon d’une action stratégique puisse être déclenché. Lors du 1er
Forum organisé par la coordination de la charte en Amérique Latine on
dénombrait entre 15 et 20 migrants qui de surcroit ne voyaient pas à quoi
pouvait servir une telle initiative ! Le défi était de présenter les
objectifs de la charte en un langage diffèrent, facile et accessible. Etant
dans une dynamique permanente de négociation, les organisations de migrants ont
de plus en plus besoin d’espaces d’autonomie.
Les migrants
sont le visage de la modernité, les chiliens, sud-africains et vietnamiens ont
réussi à démontrer qu’ils n’étaient pas des victimes mais des combattants
pour la dignité de toutes et de tous, cette posture leur à permis entre autre
de gagner la sympathie et le soutien de tous.
Visage de la
modernité, le migrant est également l’acteur qui préfigure l’imminente
recomposition des appareils de gouvernement et la reconfiguration nécessaire du
territoire ; le migrant est en perpétuelle rébellion contre les éléments
constitutifs des Etats Nations.
Les
personnes en migration transgressent les frontières et ne les reconnaissent
pas, elles échappent aux contrôles innombrables des appareils d’Etat (toujours
propice à l’uniformisation des destins et au contrôle des identités et des
aspirations citoyennes). Les personnes en migration sont entrain de conquérir
par le bas des espaces voulues par le haut comme des espaces exclusivement ouverts
aux marchandises et aux personnes dotées de pouvoir d’achat conséquents. Cette
nouvelle citoyenneté mondiale, qui menace sérieusement les fondements de
l’ordre hégémonique, ce sont les migrantes et migrants forcés ou volontaires
qui sont entrain de la construire avec leur sang et la sueur de leurs fronts et
qui payent pour cela, le plus lourd tribut.
Conscient de
ces perspectives historiques et politiques, les initiateurs de la charte
mondiale des migrants ont décidé d’organiser une convergence des migrants au
niveau mondial vers l’ile de Gorée au Sénégal en février 2011. La symbolique de
l’endroit est importante, car Gorée fait partie de ces endroits ou l’Humanité
fut confisquée et il est tout naturel que l’Humanité soit rendue dans cet
endroit symbolique. En effet la dynamique de la charte mondiale des
migrants se veut comme une initiative participant à la restitution de la parole
politique aux nouvelles et anciennes diasporas et aux descendants de milliers
de personnes qui se sont vu confisquée cette parole, leur existence et au final
leur Humanité.
Parallèlement
au travail de rédaction de la synthèse, il est indispensable d’entamer les
démarches de mobilisation afin de permettre la participation des différentes
coordinations et leur implication dans la recherche de financements pour payer
les billets d'avion des délégués issues des réunions préparatoires.
Les stations
identifiées sur la route vers Gorée sont le Forum Social Américain
(Detroit/ 16 au 26 juin 2010), le FSMM (Quito/ Octobre 2010) avec
l’organisation d’une activité principale dont Ricardo Jimenez assure la
coordination. Participer également à la rencontre internationale qui aura lieu
à Nouakchout en Novembre 2010 (Cimade/AME/USE/AMDH/GRDR/Centre Djoliba).
Ci-dessous
nous vous proposons deux exemples de la promotion du processus de la CMM sur le
continent africain : au Sénégal et en Mauritanie.
Au
Sénégal : participation au colloque des sociétés civiles ouest africaine
sur les migrations et le développement – 12/17 octobre 2009[2]
La
déclaration finale du colloque des sociétés civiles ouest Africaines sur les
migrations et le développement,
qui s’est tenu à Dakar du 12 au 14 octobre à Dakar, appel les organisations de
la société civile euro-africaine à faire la promotion du Processus de la Charte
Mondiale des Migrants et à renforcer les capacités des migrants, de leurs
organisations.
Le Colloque
fut une occasion pour présenter le processus de la Charte Mondiale des Migrants
aux participants venant du Maroc, Mauritanie, Mali, Sénégal, Bénin, Burkina
Faso, Niger, Cap Vert, Cameron et de Gambie ainsi que des Migrants venant de
France, Belgique et Allemagne.
La rencontre
de Dakar à coïncidée avec le 4ème anniversaire des douloureux événements de
Ceuta et Melilla en 2005 qui se sont soldées par l’assassinat d’au moins 14
migrant pour la simple raison d’avoir voulu traverser un grillage. La
collaboration du Maroc dans les politiques de « gestion des flux
migratoires » fut particulièrement critiquée.
Les
participants ont analysé les conséquences des politiques de « gestion des
flux migratoires » et la mobilisation de ressources importantes pour la
mise en œuvre de ces politiques qui s’accompagnent en Afrique par des OPA
lancées contre les ONG œuvrant dans le domaine du développement.
Ce sont des
millions d’euro qui sont mis à la disposition des acteurs de solidarité, pour
soutenir, officiellement, le "développement" de pays prioritaires
(ligne AENEAS, MIGRATION4DEVELOPPEMENT, etc…) mais qui sont, en réalité,
utilisés dans l’organisation de compagnes de « sensibilisation » et
de dissuasion à « l’émigration ».
Le résultat
en est d’un côté la perversion de l’aide au développement et de l’autre la
corruption des acteurs de la société civile, qui deviennent, a force, des
acteurs de blocage au lieu d’être des acteurs de changement.
En effet les
acteurs de la société civile au Sud exécutent des tâches d’auxiliaires de
police au service de politiques meurtrières qui ont causé et qui causent
toujours des drames incommensurables. Les participants au colloque de Dakar,
conscients de ces enjeux ont souligné l’importance de faire face à ces
politiques. La déclaration finale
reflète un engagement sincère dans le déclenchement d’une véritable
mobilisation au Sud pour faire face aux politiques d’externalisation.
Les membres
de la coordination de la charte ont tenu un nombre de réunions et de rencontres
afin de présenter la dynamique de la charte et pour jeter les bases de la
coordination Africaine.
Davina
Ferrera, Jelloul Ben Hamida et Hicham Rachidi, ont rencontré des migrants
installés en Afrique de l’Ouest, dont plusieurs sont engagés dans des
programmes de solidarité internationale dans différents pays d’Afrique.
Une première
réunion s’est tenue avec des membres pressentis pour animer la coordination
Africaine de la Charte Mondiale des Migrants.
Ainsi ce
sont des personnes ressources impliquées dans des réseaux militants d’ampleur
internationale qui ont répondus présents a l’appel des membres de la
coordination Internationale : Sarah Klingeberg (Italie/Allemagne/Sénégal)
– Gwenaëlle de Jaquelot (France/Sénégal/Mali) – Oumo Zé (Belgique/Burkina Faso)
– Amadou Mbow (Mauritanie/Sénégal) – Oussmane Diarra (Mali/Sénégal) – Lamine
Niass (Sénégal/Mauritanie) – Hicham Rachidi (Maroc/France) – Davina Ferrera
(Algérie/Espagne/France) – Jelloul Ben Hamida (Tunisie/France).
Une réunion
s’est également tenue avec Sedikki Daff, militant engagé au sein de l’alliance
pour une nouvelle gouvernance en Afrique et qui s’implique également auprès de
migrants dans les bidonvilles autour de Dakar (2 000 000 d’habitant).
Il nous à
expliqué ses réserves par rapport à la dynamique associative dite
« alternative » œuvrant au Sénégal (conf ; première partie de ce
compte rendu).
Les réserves
de Mr Sedikki ont également été réitérés par Lamine Mamadou Niass engagé
auprès du collectif de pécheurs traditionnels, qui bien qu’il soit un acteur
clé au niveau de Sénégal, il est systématiquement écarté par « le
cartel » qui contrôle le champ associatif au Sénégal.
Les deux
militants nous ont assuré de leur parfaite disponibilité de promouvoir et de
soutenir la dynamique de la charte mondiale des migrants en Afrique.
Ce à cette
occasion que les membres de la coordination de la charte ont visité l’île de
Gorée et décidé d’organiser en 2011 la rencontre de la coordination mondiale
dans ce lieu hautement symbolique, afin de procéder au travail de synthèse des
propositions existantes.
L’île de
Gorée fut un haut lieu de la traite négrière, elle fut l’un des endroits de
départ des esclaves en direction des Amériques entre autre. Les promoteurs de
la Charte Mondiale des Migrants pensent qu’une adoption du projet unifié de la
Charte en 2011 (après le travail de synthèse) devrait se faire dans ce haut
lieu ou justement, la parole et l’humanité des migrants furent confisquées
durant plusieurs siècles.
Déclaration Finale du Colloque International des sociétés civiles Euro-Africaines sur les migrations et le développement humain durable et solidaire[1]
Au
terme de trois journées de travail en commun, les participantes et participants
au colloque international des sociétés civiles euro-africaines sur les
migrations, le développement humain durable et solidaire :
Se
remémorant les événements de Ceuta et Melilla en 2005 et rendant hommage aux
victimes de ces dramatiques événements et à toutes les victimes des politiques
migratoires mises en œuvre par l’union européenne et sous traitées à certains
gouvernements africains,
Exprimant
leur désapprobation des expulsions massives des migrants, de plus en plus
fréquentes dans les pays du nord comme dans ceux du sud. Et la systématisation
de ces expulsions découlant ainsi d’une logique basée sur la chasse,
l’enfermement et l’éloignement des migrants en Europe et dans les pays du Sud,
Réaffirmant
leur volonté de mettre leurs compétences et leurs expériences au service du
respect des principes de Droits Humains et de la mise en œuvre d’une véritable
stratégie de développement humain inclusif, durable, solidaire et cohérente.
Et décidés à
tourner le dos à toute stratégie visant à imposer la conditionnalité de l’aide
public au développement dans la collaboration à des programmes de
« prévention de l’émigration »,
Considérant
les inégalités flagrantes entre pays du nord et du sud liées aux modèles
économiques dominants qui sont imposés aux pays du sud et réaffirmant leur
préoccupation face aux aspects de la crise économique et financière
internationale et la nécessité de défendre la diversité culturelle et du droit
à la liberté de circulation et d’établissement,
S’engagent,
sur la base de l’approche Droits Humains et les principes de développement
inclusif, à œuvrer en commun pour :
1. Rendre
visibles les violations aux droits humains commises par les Etats de l’espace
euro-africain dans le déploiement des politiques de gestion des flux
migratoires. Ainsi que les luttes pour la dignité et pour le respect de leurs
Droits Humains intrinsèques, menées par les migrants et les organisations qui
leurs viennent en soutien dans l’espace euro-africain,
2.
Sensibiliser l’ensemble des sociétés civiles euro-africaines aux obstacles au
développement que constitue la mise en œuvre de politiques migratoires
utilitaristes et incohérentes, politiques qui se basent sur l’entrave à la
liberté de circulation et sur le chantage à l’aide au développement,
3.
Identifier les barrières qui empêchent ou entravent le développement humain
durable et solidaire des sociétés euro-africaines et proposer les alternatives
adéquates,
4. Renforcer
les capacités des migrants, de leurs organisations et des acteurs de solidarité
par l’information, la formation, le diagnostique et la conscientisation aux
conséquences des politiques migratoires,
5. Favoriser
les échanges de bonnes pratiques et les synergies avec les organisations
engagées dans d’autres dynamiques similaires au niveau régional et
international,
6. Lutter
activement contre toutes les formes de discrimination, de xénophobie et de
racisme dans l’exercice par les migrants de tous leurs droits fondamentaux tel
qu’ils sont universellement reconnus,
7. Faire
connaître le processus de la charte mondiale des migrants au niveau local,
régional et continental,
8. Promouvoir
la transparence dans nos pratiques organisationnelles et de collaborer dans un
cadre solidaire et pluriel, Demandant aux gouvernements de l’espace
euro-africain et aux organisations intergouvernementales :
·
De revisiter leurs politiques visant
à imposer la conditionnalité de l’aide publique au développement, et de
s’abstenir de la mise en œuvre de tout programme se basant sur la remise en
cause des droits fondamentaux notamment le droit à la liberté de circulation et
le droit légitime à l’accès au développement,
·
D’instaurer de manière effective la
concertation et le dialogue avec les organisations des sociétés civiles
euro-africaines dans le domaine de la migration et du développement,
DAKAR le 14
OCTOBRE 2009
Premiers
signataires AME (MALI) - AMDH (Mauritanie) - CHARTE MONDIALE DES MIGRANTS
(réseau mondial) – CAHBA/FORAM (Mali) - « RIRE DES JEUNES » Réseau
pour l’Insertion et la Réinsertion des Jeunes - Groupe de Recherche et
d’Actions sur les Migrations en Afrique Centrale / Fondation Conseil Jeunesse
(FCJ) (Cameroun) - FORUM DU TIERS MONDE (réseau mondial) - CNCD-11.11.11
(Belgique) - CIMADE (France) – GADEM (Maroc) –– RAMAO (Cap Vert) - MEDICO
International (Allemagne) - Le TOCSIN (Burkina-Faso) - WORLDVIEW-THE GAMBIA
(Gambie) -– GRAPAD (Bénin) –- ALTERNATIVE ESPACE CITOYENS (Niger) – GROUPE
MIGRATION ET DEVELOPPEMENT DU CONGAD : IFAN UCAD de Dakar - ANAFA/PAALALE
– USE - PANEL SENEGAL - UNSAS/UDEN - ASCO DE / GMD -RADDHO – FTM – COFLEC -
Caritas SENEGAL - PARI point d’Accueil pour Réfugiés et Immigrés - FODDE –
ANRAF (Sénégal).
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En Mauritanie…
En novembre 2010 une
délégation de la coordination internationale de la Charte Mondiale des
Migrants, comprenant Jelloul Ben Hamida et Sarah Klingeberg, a participé au
colloque organisé par L’Association
Mauritanienne des Droits de l’Homme (Mauritanie), Le Centre Djoliba (Mali), La
Cimade, L’Union pour la Solidarité et l’Entraide (Sénégal) et le GRDR : « Dialogue sur les migrations – Regards
croisés d’acteurs institutionnels, associatifs et de la recherche ».
« À la base de cette initiative réside la conviction
partagée que sans une concertation entre les acteurs de la société civile et à
terme une action portée par une masse critique d’acteurs associatifs sous
régionaux, il est improbable que le dialogue politique Nord-Sud sur les
migrations connaisse des évolutions positives.
Il semble pourtant primordial que les acteurs non étatiques
dans leurs diversités (acteurs de développement, défenseurs des droits de
l’homme..) soient capables de construire
un plaidoyer commun et d’ouvrir des
espaces de dialogue sur cette question
auprès des acteurs étatiques »[4].
La Charte Mondiale des Migrants a participé à l’écriture de
la « Déclaration Associative » finale du colloque[5].
[1] Compte rendu de la réunion de la
coordination international de la CMM faite a Paris le 13 Mai 2010. Présents :
Mamadou Niang, Gustavo Marin, Jelloul Ben Hamida, Ricardo Jemenez et Hicham
Rachidi. L’Ordre du jour été : Evaluation et portée du projet (1),
articulation coordination et méthodologie (2), quel contenu ? (3),
Financements (4) et perspectives après Gorée (5).
[2] Article écrit par Hicham Rachidi disponible sur le site de
la CMM : http://www.cmmigrants.org/spip.php?article44
[4] Document de présentation du colloque. Site du GRDR :
http://www.grdr.org/spip.php?page=sommaire&id_rubrique=107
[5]
Déclaration dans les Annexes.
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