"Because we belong to the Earth, all people have the right to be able to choose their place of residence, to stay where she lives, or to move and settle freely without constraints on any part of the Earth."

Analyse paragraphe par paragraphe de la Charte Mondiale des Migrants


Parce que nous appartenons à la Terre, toute personne a le droit de pouvoir choisir son lieu de résidence, de rester là où elle vit ou de circuler et de s’installer librement sans contraintes dans n’importe quelle partie de cette Terre[1].
Les modifications apportées à ce paragraphe ont été proposées par les migrants marocains. Ils ont exprimé l’importance que la Charte puisse affirmer le droit des personnes migrantes de rester et pas seulement le droit de circuler.

Toute personne, sans exclusion, a le droit de se déplacer librement de la campagne vers la ville, de la ville vers la campagne, d’une province vers une autre. Toute personne a le droit de pouvoir quitter n’importe quel pays vers un autre et d’y revenir.
L’Assemblée a décidé de ne pas utiliser le terme « étranger » car ce terme est souvent porteur de séparation et de catégorisation négative. De même, elle a trouvé important de souligner le fait de partir mais également de revenir.

Toutes dispositions et mesures de restriction limitant la liberté de circulation et d’installation doivent être abrogées (lois relatives aux visas, laissez-passer, et autorisations, ainsi que toutes autres lois relatives à la liberté de circulation).
Afin d’être de plus large possible, l’Assemblée a préféré parler des dispositions en général et mettre celles déjà citées entre parenthèse en tant qu’exemples.
Les personnes migrantes du monde entier doivent jouir des mêmes droits que les nationaux et citoyens des pays de résidence ou de transit et assumer les mêmes responsabilités dans tous les domaines essentiels de la vie économique, politique, culturelle, sociale et éducative. Ils doivent avoir le droit de voter et d’être éligible à tout organe législatif au niveau local, régional et national et d’assumer leurs responsabilités jusqu’à la fin du mandat.
Afin de ne pas porter de discrimination par rapport au genre, l’Assemblée a retenu de remplacer le terme « migrant » par le concept de « personnes migrantes » tout au long de la Charte. Sur cette question, les réfugiés présents ont souligné l’importance d’ajouter le terme « réfugié » à celui de « migrant » de part sa vulnérabilité et sa spécificité. Cette proposition n’a pas été retenue par l’Assemblée qui a considéré que la catégorie des « refugiés » était déjà contenue dans la définition du « migrant » donnée dans le Préambule.
De même concernant la référence aux nationaux, l’Assemblée a préféré la formulation « nationaux et citoyens des pays de résidence ou de transit ». La question du transit a été soulevée par les migrants en
provenance du Maroc où les individus se retrouve de plus en plus coincés à cause des enjeux des politiques migratoires européennes.

Les personnes migrantes doivent avoir le droit de parler et de partager leur langue maternelle, de développer et faire connaître leurs cultures et leurs coutumes traditionnelles, à l’exception de toute atteinte à l’intégrité physique et morale des personnes et dans le respect des droits humains. Les personnes migrantes doivent avoir le droit de pratiquer leurs religions et leurs cultes.
Un grand débat a eu lieu autour de la question des coutumes traditionnelles. Plusieurs participants ont rappelé l’existence de nombreuses pratiques perpétrées au nom des « traditions » mais qui sont contraires au respect des droits de l’homme. Pour cela, l’Assemblée a décidé de préciser la référence à ces pratiques dans la limite de la Déclaration Universelle des droits de l’Homme.

Les personnes migrantes doivent jouir du droit d’avoir un commerce là où elles le désirent, de se livrer à l’industrie ou à l’exercice de tout métier ou de toute profession permis au même titre que les citoyens des pays d’accueil et de transit ; cela de façon à leurs permettre d’assumer leur part de responsabilité dans la production des richesses nécessaires au développement et l’épanouissement de tous.

Le travail et la sécurité doivent être assurés à toutes les personnes migrantes. Quiconque travaille doit être libre d’adhérer à un syndicat et/ou d’en fonder avec d’autres personnes. Les personnes migrantes doivent recevoir un salaire égal à travail égal et doivent avoir la possibilité de transférer le fruit de leur travail, les prestations sociales et de jouir de la retraite, sans aucunes restrictions. Tout cela, en contribuant au système de solidarité nécessaire à la société de résidence ou de transit.
A partir des témoignages portés par des migrants résidant en Italie, où jusqu’à aujourd’hui les migrants ne bénéficient pas d’un transfert de leur retraite s’ils veulent rentrer dans leur pays d’origine, l’Assemblée a trouvé important de spécifier le droit des travailleurs migrants de jouir, en plus du fruit de leur travail, des prestations sociales et de la retraite sans aucune restriction.

L’accès aux prestations des services de banques et d’organismes financiers doit être assuré à toutes les personnes migrantes de la même manière que celui accordé aux nationaux et citoyens des pays d’accueil.
Sur base du vécu des migrants, l’Assemblée a rédigé un nouveau paragraphe spécifique aux services bancaires. Pour cette question en particulier, le terme « transit » a été volontairement mis de coté puisque la temporalité du séjour n’est pas compatible avec les pratiques bancaire (emprunts, etc.).

Tout le monde a le droit à la terre, qu’ils soient hommes ou femmes. La terre doit être partagée entre ceux qui y vivent et qui la travaillent. Les restrictions à l’usage et à la propriété foncière imposées pour des raisons d’ordre ethnique, national et/ou sur le genre, doivent être abolies ; cela au profit d’une nouvelle vision d’une relation responsable entre les humains et la terre, et dans le respect des exigences du développement durable.
Ce paragraphe, et en particulier la question de la propriété de la terre, a fait l’objet de vifs débats, à la fois dans les assemblées locales et lors de l’Assemblée Mondiale des Migrants.
A partir des expériences de l’Amérique latine et du Mali, l’Assemblée a soulevé le risque de l’exploitation des terres par les grandes compagnies internationales et la nécessité de protéger les populations locales. Pour cela, elle a souhaité élargir le partage de la terre à ceux qui y vivent. De même selon l’Assemblée, les restriction ne devaient pas concernées seulement la propriété foncière, mais également l’usage de la terre.
L’Assemblée a retenu important adhérer aux enjeux actuels des politiques environnementales, en mentionnant le respect des exigences du développement durable.

Les personnes migrantes, au même titre que les nationaux et citoyens des pays de résidence ou de transit, doivent être égales devant la loi. Nul ne doit être séquestré, emprisonné, déporté ou voir sa liberté restreinte sans que sa cause ait été équitablement et préalablement entendue et défendue dans une langue de son choix.
A partir des vécues des migrants dans les pays de transit et pendant les parcours migratoires, l’Assemblée a décidé d’ajouter la question de la séquestration des individus. De même, il a été souligné l’importance de l’accès à toutes les étapes de la justice et du droit du justiciable à comprendre et à parler dans une langue de son choix.

Les personnes migrantes ont le droit à l’intégrité physique et à ne pas être harcelées, expulsées, persécutées, arrêtées arbitrairement ou tuées en raison de leur statut ou parce qu’elles défendent leurs droits.
Sur base du vécu des migrants, en particulier des ceux résidant au Maroc, et afin de souligner l’ampleur des violences subies par les migrants, l’Assemblée a rédigé ce nouveau paragraphe.

Toute loi qui prévoit une discrimination fondée sur l’origine nationale, le genre, la situation matrimoniale et/ou juridique ainsi que sur les convictions doit être abrogée, quelque soit le statut de la personne humaine.

Les droits humains sont inaliénables et indivisibles et doivent être les mêmes pour tous. La loi doit garantir à toutes les personnes migrantes le droit à la liberté d’expression, le droit de s’organiser, le droit à la liberté de réunion ainsi que le droit de publier.

L’accès aux services de soin et à l’assistance sanitaire doit être garanti à toutes personnes migrantes, au même titre que les nationaux et les citoyens des pays d’accueil et de transit, avec une attention particulière aux personnes vulnérables. A toute personne migrante vivant avec un handicap doivent être garantis le droit à la santé, les droits sociaux et culturels.
A partir des discussions des assemblées locales, l’Assemblée a constaté une grande lacune de la part de la Charte par rapport à des nombreuses situations vécus par les migrants et pour cela elle a rédigé 5 nouveaux paragraphes. Ceux-ci concernent : la santé, protection des femmes et enfants, la famille, les personnes vulnérables et/ou vivant avec un handicap, droit à une alimentation saine et à l’eau.
L’Assemblée a préféré la définition de « personnes vivant avec un handicap » au terme « handicapé ».

La loi doit garantir à toute personne migrante le droit de choisir son partenaire, de fonder une famille et de vivre en famille. Le regroupement familial ne peut lui être refusé et on ne peut la séparer ou la maintenir éloignée de ses enfants.
Paragraphe ajouté (cf. ci-dessus)

Les femmes, tout particulièrement, doivent être protégées contre toute forme de violence et de trafic. Elles ont le droit de contrôler leur propre corps et de rejeter l’exploitation de celui-ci. Elles doivent jouir d’une protection particulièrement renforcée, notamment en matière de condition de travail, de santé maternelle et infantile, ainsi qu’en cas de changements de leur statut juridique et matrimonial.
Paragraphe ajouté (cf. ci-dessus)

Les migrants mineurs doivent être protégés par les lois nationales en matière de protection de l’enfance au même titre que les nationaux et les citoyens de pays de résidence et de transit. Le droit à l’éducation et à l’instruction doit être garanti.
Paragraphe ajouté (cf. ci-dessus)

L’accès à l’éducation et à l’instruction, du préscolaire à l’enseignement supérieur, doit être garanti aux personnes migrantes et à leurs enfants. L’instruction doit être gratuite, et égale pour tous les enfants. Les études supérieures et la formation technique doivent être accessibles à tous dans une nouvelle vision du dialogue et du partage des cultures. Dans la vie culturelle, dans les sports et dans l’éducation, toute distinction fondée sur l’origine nationale doit être abolie.

Les personnes migrantes doivent avoir droit au logement. Toute personne doit avoir le droit d’habiter dans l’endroit de son choix, d’être décemment logée et d’avoir accès à la propriété immobilière ainsi que de maintenir sa famille dans le confort et la sécurité au même titre que les nationaux et citoyens de pays d’accueil et de transit.

A toutes personnes migrantes, il faut garantir le droit à une alimentation saine, et suffisante, et le droit à l’accès à l’eau.
Paragraphe ajouté (cf. ci-dessus)

Les personnes migrantes ambitionnent d’avoir l’opportunité et la responsabilité, au même titre que les nationaux et les citoyens de pays d’accueil et de transit, de faire face ensemble aux défis actuels (logement, alimentation, santé, épanouissement...).

Nous, personnes migrantes, nous engageons à respecter et promouvoir les valeurs et principes exprimés ci-dessus et à contribuer ainsi à la disparition de tout système d’exploitation ségrégationniste et à l’avènement d’un monde pluriel, responsable et solidaire.
Dans ce dernier paragraphe l’Assemblée a considéré qu’il était important de se présenter comme acteurs et promoteurs de la Charte. En effet, elle a retenu que les migrants, en étant signataires, ne demandent pas seulement le respect des principes énoncés, mais s’engagent activement dans leur promotion et la contribution dans leur mise en place effective.
 
 
 Article écrit par Sarah Duplat et Sarah Klingeberg
 
[1] Afin de mieux identifier les articles de la CMM par les commentaires, les articles seront en gras.

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